mardi 20 août 2013

DE L'ACCOMPAGNEMENT DU CHOMEUR

Tout est marché, c'est entendu, et le marché fait loi, et foi, et tient lieu d'histoire.
Ainsi a-t-on réussi à créer au sein du marché du travail, un marché du chômage, avec ses officines, ses associations, ses entreprises «d'insertion  », ses professionnels, et naturellement ses rites et ses jargons. Marché fort lucratif, bénéficiant de clients captifs, où la préparation à l'emploi a remplacé l'emploi lui-même, sans même parler de l'exercice d'un métier. On vend des «techniques de recherche d'emploi», de la dynamique, de la confiance en soi, en bref du positif, du coaching, du relooking...
C'est le monde des prestataires et leurs prestations. Le demandeur d'emploi est là pour consommer des prestations. Coachs en tous genres, relookeurs d'habits et d'habitudes, façonneurs de genres, de discours et de comportements, psychologues et comédiens, tous ont à présent une prestation à proposer pour que les chômeurs-chercheurs se sentent mieux dans leur peau d'exclu  ! On s'exonère au passage d'un quelconque résultat puisque c'est toujours le demandeur qui n'est pas assez motivé, performant, percutant... Hormis l'aspect lucratif, une fonction inavoué préside au foisonnement de ces «  entreprises  » et leurs prestations  : maintenir l'espoir, maintenir la culpabilité, occuper à tout prix, les corps et les esprits.
Et tout cela pour quoi  ? Apprendre à demander du travail. Ce même travail que nul «  décideur  » n'a l'intention de nous accorder. Ces prestataires de notre société de service, si on leur accorde conscience et honnêteté professionnelle, devraient admettre qu'ils ne délivrent rien de mieux qu'une frustration répétée, un espoir frelaté. Il manque à tout cela le cheminement réel, de soi à soi, aux autres, au savoir, à l'apprentissage. Suivre une prestation, en recherche d'emploi, c'est apprendre à demander, c'est à dire à mendier, à se soumettre aux exigences d'un employeur, sans être en mesure de rien pouvoir négocier, ni salaire, ni «  place  » dans une société, ni dignité d'être.
Qui sont ces gens qui «  accompagnent  » les chômeurs ?
C'est une ribambelle, une incroyable pléthore de personnes, elles-mêmes souvent dans la précarité, venus d'horizons et de formations diverses, armés de diplômes autant que de bonnes volontés. Des chercheurs eux aussi, mais qui auraient totalement perdus de vue le but de leur recherche  : réduire le nombre de chômeurs. Si bien que leur seule fonction semble être à présent celle du chauffeur de salle sur les plateaux télé  : s'assurer que personne ne cassera l'ambiance, que tout le monde rira au bon moment, que l'on sera bien dans le ton, et prêt pour le show suivant. Bref, que l'on soit un bon auxiliaire de la société du spectacle, de la motivation, de l'esprit positif.
Ce petit marché du chômage, ces gens qui vivent du chômage des autres, vivent dans leur petite bulle – comme les traiders dans leur bulle financière – et s'imaginent avoir prise sur le monde réel. Mais en réalité, tout cela tourne parfaitement rond et sans heurt, les ateliers «  retrouver l'estime de soi » succèdent aux « modules de redynamisation », les chercheurs d'emploi succèdent aux demandeurs d'emploi – les mots, les sigles valsent, les chômeurs restent.
Du travail, du sien ou de celui du voisin, il n'en sera finalement plus question.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire