mercredi 14 août 2013

DU TEMOIGNAGE


De même que l’avis du patient fut longtemps absent du discours médical, le discours sur le chômage ignore superbement le point de vue du chômeur. Tout au plus celui-ci est-il hâtivement convié à dire quelques mots sur sa « galère» parmi tous les candidats au quart d’heure de gloire que notre monde du spectacle se complait à mettre régulièrement en scène. On dit alors qu’il témoigne, qu’il a témoigné.
Je ne témoigne pas ; je ne me présente pas non plus, assommante manie de l’époque.
Je parle contre tout entretien du chômeur. D’abord contre tous ces entretiens ou il faudrait dresser de soi-même un improbable et fadasse portrait robot. Ensuite contre l’entretien mental et physique, quasi sportif en somme, qui n’est là que pour maintenir en forme quelques illusions nécessaires à la marche du monde tel qu’il est : on ne fait évidemment pas assez d’efforts pour rester digne des figures mythiques que sont devenues les entreprises et leurs recruteurs.
Je ne témoigne pas, ma galère et moi-même, sommes décidément inaptes à nous vendre. Les mots, les livres, ne sont pas fait pour cela. Ils sont fait justement pour que nous échappions aux histoires, toutes les histoires, surtout celles qu’on nous recommande de vivre.
A l’évidence, l’histoire des chômeurs ne dérange plus personne puisqu’il suffit de tendre une oreille distraite et distante, naturellement bienveillante, aux conteurs de galère.
Les chômeurs sont devenus des fantômes sociaux. On aimerait croire en eux, on entretient leurs légendes, comme dans les films de Ken Loach, mais tout ce que l'on peut dire avec certitude, passé le quart d'heure rituel d'éclairage médiatique, c'est qu' ils resteront fantômes, morts ou vifs.
Le demandeur d’emploi est donc quasi muet, et le débat sur le chômage, sur le travail, est le lieu de toutes les hypocrisies de la société marchande, de toutes ses contradictions et de toutes ses impostures.
Je ne témoigne pas, je ne me présente pas, je parlerai, dans ces articles, de cette occupation nommée recherche d'emploi, de ce rôle insensé qu'on nous force à tenir  sous l'appellation de demandeur d'emploi.
Je ne témoigne pas ; je ne serai plus demandeur d’emploi. J’ai exercé cette occupation suffisamment longtemps pour savoir que je ne travaillerais jamais plus si je continuais à m’y adonner.










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